Exposition Poésimage de Philippe Dagorne

Philippe Dagorne, né en 1954, est un poète, photographe et marcheur infatigable, profondément attaché à l’île de Groix (Morbihan, Bretagne). Il unit ses trois passions pour créer des recueils de poésie illustrés par ses propres photographies, mettant en valeur le paysage, l’ambiance et la vie insulaire.

Il exposait cet été cette série initulée Poésimage au centre social du Polygone pendant le Parcours photographique des centres sociaux lorientais. Pour cette exposition, ses thématiques sont la mer, la lumière, le paysage groisillon : une poésie qui saisit l’âme de l’île à travers ses instants visuels (phare, dunes, villages, atmosphères marines).

Les images fusionnent souvent des paysages marins (houle, brume, horizons) avec des silhouettes humaines ou objets intimes, renforçant l’atmosphère méditative et lyrique des poèmes.

Suivez son blog de poésie sur https://houlesintimes.eklablog.com/

Bibliographie :

  • Quatre saisons en l’île de Groix : son premier ouvrage, alliant textes et photos, publié chez Groix Éditions.
  • Groix, ballades à quatre temps (diptyque)
  • Soleil voyeur, l’indicible…

Cliquer sur les images pour les agrandir

 

Acariâtres amants

Le vent toque à ma porte

Je ne lui ouvre pas

Il frappe à mes volets

Je ne veux pas de lui

Il insiste le bougre

Il n’est pas venu seul

Sa maîtresse la pluie

Gifle aussi mon pignon

Comme ces missionnaires

Invoquant Jéhovah

Ils vont toujours par deux

À travers la campagne

L’on dirait simplement

Que la flore sanglote

Aujourd’hui ils m’agacent

Malgré le manque d’eau

Malgré les éoliennes

Je rêvais de lumière

De l’éclat de mes fleurs

D’une sieste au soleil

En empruntant son ombre

De ces poussières d’or

Serties sur mon visage

De ces filles joyeuses

Insouciantes et jolies

De leurs robes légères

Qui flirtent avec la brise

Je voulais inviter

Mille et un cris d’enfants

Et de sages rivières

Pour porter leurs voiliers

Je voulais écouter

La symphonie unique

Toujours renouvelée

Du doux chant des oiseaux

Je voulais admirer

Les subtiles dentelles

Que portent aux beaux jours

D’infinies vaguelettes

Je voulais tout cela

Mais le vent et la pluie

Vieux amants acariâtres

Arrivés de la mer

M’ont volé ces bonheurs

 

Fantaisie hivernale…

Il a posé son sac,

L’hiver, ce vagabond,

L’hiver, ce vieux maniaque,

Austère et furibond.

Le long de la ruelle,

Les arbres en sont saisis,

Lèvent leurs bras au ciel,

Dévêtus et transis.

Et, même le bitume

S’est habillé de blanc,

Insolite costume,

Incongru et troublant.

Le soleil, rougissant,

Lui dit, mine défaite,

C’est bien trop salissant,

Puis ici, point de fête !

Je veux, que pour demain,

Tu aies mis ton ciré.

Je prierai en chemin

 

Il vient nous avertir…

La crête qui déferle

Et dessous, sombre et vert,

Le ventre de la vague

Qui se tend et qui crève.

Du sable l’escalade

En diffuse poussière

Grains d’étoiles ahuris

D’une autre galaxie.

La rive s’abandonne,

Offre sa dune glabre

Qui peu à peu se couche

Sous l’assaut de la garce.

 

Étendue vierge et blonde,

Sans répit effacée,

Pour que la mer y tisse

Une laisse héritée.

Une missive absconse

Pavoisée d’algues mortes

Subtilement nous conte

De terribles fortunes.

Intersigne improbable

Aux moiteurs de l’écume,

Angoissé, je te vois

Toujours ourler la plage.

Traînent des bois flottés

Qui parfois s’emmaillotent

D’un lambeau de filet

Aux funestes desseins.

S’y accroche souvent,

Un oiseau mazouté,

Écorché, desséché,

Il vient nous avertir…

 

Mon esprit n’est que rêve…

Laissez-moi sur la rive

D’un océan de songes.

Simplement, je veux croire,

Que c’est juste la pluie,

Musicienne inspirée,

Qui lors tintinnabule,

De ses gouttes distraites.

Je ne veux surtout pas

Imaginer des doigts

Lestement caresser

Les touches blanches et noires

D’un piano de concert.

Même s’y associe,

Un accompagnement

Subtil et si présent.

Mais bien-sûr, c’est le vent !

Invisible et complice,

À la fois si léger,

Facétieux et puissant.

Mon esprit est un rêve,

Et cette rhapsodie,

Chaque fois inédite,

M’élève et me libère.

À l’ombre sublimée,

De mes fines paupières,

 

Débute le voyage…

 

Le doux vent de mes rêves…

Il souffle tendrement

Le doux vent de mes rêves

Il gonfle sans violence

Mille voiles invisibles

Que sont alors mes mots

Esquifs imaginaires

En quête d’aventures

Sur cette mer offerte

Par une feuille blanche

Immaculée et sage

Régate sans podium

Mes lettres solidaires

Dansent en farandoles

Sous des cieux éphémères

Tourmentés ou tranquilles

S’unissent sans pudeur

Cet océan étrange

Se nomme Poésie

Ses houles régulières

Sont berceaux de nos cœurs

Charmilles de nos âmes

Laissez-vous emporter

Sur cette onde secrète

Matrice voluptueuse

Des plus beaux de nos vœux

 

Le voyage inconscient …

La sente se dérobe

À mon esprit inquiet,

Juste le temps du temps

Ou le temps de l’esquive.

L’aveugle parchemin

De mes paupières closes,

Engendre des images

Mêlant tout à la fois,

Mirages barbouillés

Et brillances follettes,

Les pluies sèches des sables

Et les neiges lascives

D’un autel fantasmé.

Un quai abandonné

Susurre sous la pluie

D’ineffables partances,

Suspendu aux nuages,

Il offre silencieux,

Haridelle marine,

Son vaisseau décharné,

Toutes voiles affalées.

Ce rafiot fantomal

M’entraîne sans combat

Sous les vents sonnaillés

Du voyage inconscient…

Mon corps gît, sans tenue

Lors, mon âme voyage

Aux frontières inconnues

D’un Royaume sans roi,

D’un paradis sans Dieu,

D’un Ailleurs augural,

Où les vallées fécondes

S’étirent à l’infini.

Seule une mélopée

Aux sibyllins échos

Imprègne mon errance.

Je tutoie le Possible,

Les ténèbres se livrent,

Absconses et exaltantes.

Las, je ne suis qu’un homme…

Au tréfonds de mon être,

J’ai cependant placé

L’esquisse de l’espoir.

Attente sans futur

Désormais confidente

Qui fait alors de moi

Ce pèlerin sans foi

Résolu et inculte.

Pour Cyrillle, le 23 octobre 2024

Au grand bal du solstice

Sur la sente des heures

Qui serpente sans but,

La lune se promène

Et balade indolente

Sa jaunasse lueur

Sur les toits endormis.

Elle est pleine, elle est ocre

Et pourtant dites-moi !

Ce n’est pas le soleil

Qui a pu tous ces jours

La dorer à ce point ?

Elle a convié ce soir

Ses amis de la nuit,

Météores et planètes,

Astres, étoiles et comètes.

Mais voilà que soudain

Au grand bal du solstice

De contrariantes brumes

Et même des nuages

Chastement la recouvrent…

 

Bien-sûr ! La belle est nue…

J’fais rien

J’fais rien ou pas grand-chose,
Qu’allumer des étoiles
Sur le ciel de mes peurs,
De drôles de lucioles
Qui font rire la mer.

J’fais rien ou pas grand-chose,
Qu’essaimer quelques rêves
Sur le dais de mes nuits,
De ces éclats soudains
Qui m’offrent des matins.

Non j’fais rien, rien du tout,
Que traverser la vie
Sur la pointe des pieds,
Pour ne pas déranger
Des cons qui s’entretuent.

Non j’fais rien, rien du tout,
Je n’ai jamais rien fait
Ah ! Si, ça me revient,
Un peu de poésie
Mais, ça ne sert à rien. ..

 

Les herbes folles dansent

Les herbes folles dansent

Tout le long du chemin.

Des fleurs, en abondance,

Mêlant or et carmin

Ourlent son fin parcours.

Croyez-vous qu’il se presse ?

Non, jamais il ne court.

Il s’en va, sans paresse.

Un chemin, parchemin,

Où s’inscrivent nos pas

Mais, qui déjà demain,

Ces traces, effacera.

Un sentier, une sente,

Entre deux gris rochers

Puis, une grande pente,

Il s’y fera tranchée.

Lors il repartira

Batifoler un peu,

Enfin, il se perdra

Dans le sable râpeux

D’une crique sauvage

Qui se dore lovée,

Toute nue et bien sage,

Le chemin l’a trouvée…

 

Des secrets s’y blottissent…

Origamis de rêves

Dispersés en un souffle

Imperceptiblement

Une brise étourdie

Qui se lève au réveil

Et balaie sans mémoire

Nos histoires absconses

Se referme la crypte

Mystérieuse et ardente

Sur cet Ailleurs occulte

Paradis ou enfer

Cauchemars ou chimères

Sanctuaire onirique

Y bouillonnent nos songes

Ils sont pareils aux bulles

Qui très fugacement

Avant qu’elles n’éclatent

Essaiment nos poèmes

Hâtez-vous à l’instant

De cueillir ces pépites

Des secrets s’y blottissent

Pour Astrid

 

Un homme se souvient

Une brume à l’étale

Emballe toute chose

Il règne en cet instant

Un silence tapageur

Pleinement habité

Du vol de goélands

Voyageurs dissipés

Volatiles angoissés

Étonnamment muets

Le port s’est calfeutré

Gauchement engoncé

Dans ses draps de varech

Pour Astrid,

D’étonnantes fragrances

Envahissent pourtant

Cette haleine marine

Propre au temps du jusant

 

La plage désertée

Semble se désoler

De ne pouvoir sécher

Ses laisses dentelières

La dune ébouriffée

Figée laisse s’enfuir

Un ruisseau étourdi

Qui sinue et se perd

Dans un sable cireux

Quelques bateaux et barques

Avachis sur la vase

Prêtent leurs ventres glabres

Au suroît retenu

Sur la cale minérale

Les prames retournées

Offrent à ce tableau

Ses avares couleurs

Assis sur un vieux banc

Immobile et rêveur

Un homme se souvient

Le soir

L’Horizon n’est que braises

Et les vagues coiffées

D’un couchant couleur fraise

S’entremêlent assoiffées

Leur haleine un peu aigre

Fait du gringue aux oiseaux

Ces goélands allègres

Tous aux culs des bateaux

 

Le jour devient regret

Et se désintéresse

De ce soir un peu frais

Qu’à la lune il délaisse

J’entends le carillon

Des gréements agacés

Pleurant ce vermillon

Par la nuit effacé

Sur le port, les troquets

De leurs pâles falots

Maquillent le vieux quai

Qui n’est plus que halo

Alors Groix s’ensommeille

Et le thon girouette

Sait déjà le soleil

Parti aux oubliettes…

 

Rue du port

La brise de suet

Vint tôt matin fleurir

De discrets courants d’air.

La rue s’y parfuma,

Telle vieille coquette

Et descendit enjouée

Vers le port endormi.

Même ses bancs de bois,

Qui contemplaient distraits

L’ascension du soleil,

Étaient là désertés

La plage, en forme d’arc,

Semblait se prélasser,

Très heureuse à cette heure

De n’être plus léchée

Par quelques vaguelettes

Un tantinet fouineuses.

Lors, les barques présentes,

Inclinées sur la grève,

Rêvassaient, paresseuses,

Aux jours de belles pêches

Qu’advint-il mes amis

Quand la rue pomponnée

Rencontra le vieux port ?

Sous le sceau du secret,

Deux mouettes me l’ont dit.

Une chose est certaine,

Il se dit que depuis,

La gracieuse ruelle

Porte le nom du port…

 

Remonter le temps

Mille fleurs réveillées

Paraissent s’étirer,

D’autres semblent bailler.

Un matin ordinaire,

Son soleil un peu pâle

Escalade le ciel,

Tombe alors ses effets

De voiles embrumés.

Les oiseaux satisfaits,

Tout joyeux, le saluent,

Le décor est en place.

Sur la plage déserte

Le reflux s’enhardit,

Laisse un sable trempé

Aux architectes en herbe,

Fiers châteaux ou barrages,

Contenus maladroits

De seaux multicolores

Renversés rudement.

Je revis le passé

En cette aube estivale

Puis, je ferme les yeux…

Seul le frou-frou subtil

De vagues nonchalantes

Enveloppe l’instant.

Je pense à ce voilier

Que grand-père me fit.

J’ai remonté le temps,

Je n’ai plus que quatre ans…

La tempête

Multitude de bruits

Que le vent me ramène

Les nuages en ont peur

Et se pressent là-bas

Assurés semble-t-il

Que l’horizon serein

Puisse les abriter

L’océan lui ronchonne

Il exhibe sa houle

Écumante et fuyante

Bringuebalent les barques

Oubliées dans le port

Même les goélands

N’osent plus un envol

Posés sur une arête

Pour quelque commérage

Je les vois agacés

De devoir délaisser

L’immensité des nues

Maudissent le fripon

Qui se joue de leurs plumes

Fantaisie hivernale…

Il a posé son sac,

L’hiver, ce vagabond,

L’hiver, ce vieux maniaque,

Austère et furibond.

Le long de la ruelle,

Les arbres en sont saisis,

Lèvent leurs bras au ciel,

Dévêtus et transis.

Et, même le bitume

S’est habillé de blanc,

Insolite costume,

Incongru et troublant.

Le soleil, rougissant,

Lui dit, mine défaite,

C’est bien trop salissant,

Puis ici, point de fête !

Je veux, que pour demain,

Tu aies mis ton ciré.

Je prierai en chemin

La pluie de se montrer…

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