Appel de scientifiques pour une loi d’urgence climatique
Depuis quelques semaines, la France et l’Europe, entre autres, sont confrontées à des périodes de très fortes canicules.
Il est donc intéressant de se pencher d’abord sur les conséquences de ces fortes chaleurs pour la planète en général et pour le sud de la Bretagne en particulier (phases allant de 32 °C à 42 °C, déclenchant la vigilance rouge).
1 – Pour la gestion de l’eau, ou l’or bleu : assèchement des cours d’eau.
En juin, le pays de Lorient a connu des pics de température de près de 39,5 °C, provoquant, contre toute attente, une baisse du niveau des rivières et des nappes phréatiques au plus bas.
2 – Risques d’incendies de masse dans différentes régions. Le Morbihan n’est pas épargné. Ainsi, le 26 mai 2026, après la Pentecôte 2026, on a dénombré, par exemple, une hausse de 35 % des appels au service départemental d’incendie et de secours (SDIS) par rapport à l’année dernière.
3 – Pertes en agriculture et en élevage, notamment une chute de production laitière allant de 25 % à 50 % en Morbihan. Les animaux connaissent un stress thermique. Fin juin 2026, il y a eu une surmortalité animale massive (élevages) concernant 250 exploitations touchées, principalement des volailles, mais aussi des porcs : 1 800 tonnes d’animaux morts dans le Morbihan.
4 – Mortalité animale : élevage, bois, rivières, océans, oiseaux. Toujours en juin 2026, la LPO a connu une explosion des appels.
5 – Santé humaine impactée, voire une mortalité alarmante. Il y a eu des milliers de morts en Europe ces derniers mois. En Morbihan, précisément, le SAMU a connu une hausse de 29 % de son pic d’activité comparé à 2025. Cependant, il y a eu peu d’interventions, contrairement au reste de la France.

Ces bilans sont catastrophiques. Jean Jouzel, ancien vice-président du GIEC, fait lui-même un bilan sur le réchauffement climatique en Bretagne :
Depuis 40 ans, Jean Jouzel alerte sur le réchauffement climatique – voir la vidéo sur YouTube
J’ai eu l’occasion de rencontrer cet homme passionnant lors de ses venues à Lorient :
- La première fois à l’UBS (Université de Bretagne-Sud) à Lorient, lors d’une conférence sur « L’avenir du Gulf Stream », ce courant marin qui se trouve dans l’océan Atlantique.
- La deuxième fois en octobre 2022 à l’occasion du retour du TARA. : Réchauffement climatique : du constat aux solutions, par Jean Jouzel
Une autre personnalité, Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant et conférencier, fait aussi un bilan des pics de chaleur récents. Canicule : « Ce qui est très difficile pour nous aujourd’hui, c’est de comprendre que le monde est fini », estime Jean-Marc Jancovici, président de « The Shift Project » – voir la vidéo sur France.tv
Face à ces catastrophes, que peut-on faire ? Depuis quelques jours, un texte a été signé par 90 personnalités mondialement connues, venant de tous les domaines de la société : politique, économistes, scientifiques, dont des climatologues émérites, enseignants, corps médical… Le nombre de signataires augmente chaque jour depuis lundi.
Que dit ce texte, publié dans Le Monde du 6 juillet 2026,lien vers l’article, dans une longue explication plus que justifiée, qui dénonce l’usage immodéré des énergies fossiles ?
Il fait, au passage, un bilan des fortes sécheresses récentes en France et dans toute l’Europe :
« Dix jours de canicule en juin nous laissent collectivement traumatisés. Trop de souffrance, de deuils, de morts, mais aussi d’inconséquence et d’inanité du débat politique concernant les leçons à tirer, les ruptures à mettre en œuvre et les processus législatifs à enclencher pour prévenir l’effondrement. La douleur a été incommensurable : hôpitaux submergés, soignants exténués, patients à même le sol pour des hyperthermies, des malaises cardiaques, des insuffisances respiratoires… »
Plus loin, les signataires rappellent ce que les politiques auraient dû faire ou devraient faire pour respecter les accords internationaux :
« Nous allons franchir, avant 2030, le seuil de 1,5 °C de réchauffement, qui était l’un des objectifs de l’accord de Paris [de 2015]. Il nous reste quinze ans pour effectuer la bascule de notre système énergétique, en l’accompagnant de politiques de sobriété, afin de respecter les objectifs européens de réduction de 90 % des émissions d’ici à 2040, puis de neutralité carbone en 2050, tels qu’inscrits dans la loi. »
« Le gouvernement et les parlementaires doivent protéger les citoyennes et les citoyens, et donc désarmer l’industrie fossile par une loi d’urgence climatique. Agir sur le volet de l’adaptation aux risques climatiques ne suffira pas si le robinet de la catastrophe reste ouvert en grand. Cette loi d’urgence climatique relève de notre survie collective. »
Quelques jours plus tôt, dans un autre article du Monde du 23 juin 2026 :
« Le problème ne date pas d’aujourd’hui. Jean Jouzel appelle à replacer l’inaction des trente dernières années. »
Et de citer les renoncements qui ont succédé aux sursauts, que ce soit sous Nicolas Sarkozy après le Grenelle de l’environnement en 2007, sous François Hollande après l’accord de Paris en 2015, ou sous Emmanuel Macron, après la convention citoyenne pour le climat de 2019. La phrase « Qui aurait pu prédire la crise climatique ? », lâchée par le président de la République le 31 décembre 2022, lui est cependant restée en travers de la gorge.
À chacun d’agir en conséquence à son niveau, sans faire de morale, dans la vie de tous les jours :
- Choix des moyens de transport adaptés (transports en commun, bus, vélo, marche…) ;
- Choix des énergies de chauffage (fossiles ou renouvelables) ;
- Poser des questions importantes aux gens, connus ou inconnus, que nous rencontrons, pour leur demander leur point de vue et ce qu’ils comptent faire dans ce domaine, avant qu’il ne soit trop tard.
Je ne veux pas exagérer. Mais les rapports du GIEC ne sont pas des textes insignifiants à prendre à la légère. Ce sont des rapports scientifiques rigoureux.
Nous devons, à chaque génération, nous poser des questions simples :
- Comment était la planète au temps de vos ancêtres ?
- Dans quel état est-elle à vos yeux aujourd’hui, durant votre génération ?
- Comment voyez-vous la Terre pour les enfants de demain ?
Ne dites pas : « On ne savait pas » à vos enfants si, un jour, ils vous posent cette simple question, par exemple : « Qu’avez-vous concrètement fait pour le maintien d’un mode de vie sain pour notre propre génération ? »



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