Numérisation du monde : l’heure du bilan
L’Espace multimédia PLL Lorient a accueilli mercredi 4 novembre Dominique EAV, ingénieur de formation et informaticien au sein de l’entreprise BlueMind, un éditeur de solutions de messagerie open source. Intervenant Lève les Yeux et animateur du collectif Crevons L’Écran, il nous invite à nous interroger sur notre surexposition aux écrans.
Les promesses liées à l’utilisation des smartphones, en particulier, ont-elles été tenues : espace de liberté, d’échange, d’émancipation, d’ouverture vers un monde meilleur ?
L’évolution des technologies numériques s’est révélée décevante. Les plateformes sont utilisées par des groupes d’influence qui défendent leurs propres intérêts. Le constat est sans appel : le développement sans aucune limite des écrans et la numérisation du monde posent des problèmes en termes de santé mentale, d’écologie, d’éducation, de niveau social et de démocratie.

L’industrie qui se trouve derrière ces logiciels, en captant nos données, utilise des biais cognitifs pour nous inciter à faire certains choix, sans que nous en ayons toujours conscience. La production généralisée d’un flux d’informations a pour objectif de retenir notre attention et de nous maintenir le plus longtemps possible sur les réseaux. Et ce sont les contenus suscitant le plaisir ou la colère qui sont le plus partagés : il s’agit de créer du « buzz ». Les conséquences sociales sont graves car on assiste à une polarisation du public sur les réseaux sociaux et à une hostilité intergroupe. Le tissu social est déchiré.
Suicides, manque de sommeil – en 50 ans nous avons perdu 1h30 de sommeil, épidémie de myopie, diminution de la concentration sont quelques-unes des conséquences sanitaires du tout numérique.Par ailleurs, la multiplication de data centers cause un problème environnemental : empreinte carbone, utilisation de l’eau et de l’électricité, destruction de paysages… Les centres de données, indispensables à l’intelligence artificielle, nécessitent l’extraction de toujours plus de métaux et de terres rares. Environ 50 métaux différents sont présents dans les appareils numériques que nous avons du mal à recycler.
Comment reprendre le contrôle sur l’économie de l’attention afin de préserver notre temps, notre concentration et notre sommeil ? En devenant activiste social, en nous impliquant au niveau local, en créant du lien ! Pour exemple, « Stop Epona » est un collectif citoyen basé à Kervignac (Morbihan) qui s’oppose au projet de prospection et d’exploitation minière à Kervignac, Nostang, Hennebont et Languidic.

Le collectif Crevons l’écran a laissé sa bibliothèque participative à l’espace multimédia. Vous pouvez y emprunter ou déposer un livre…
Une liste d’ouvrages permet de poursuivre la réflexion :
Norman Ajari, Technofascisme : Le nouveau rêve de la suprématie blanche, Éditions Météores, 2026
Bruno Patino, Morgan Navarro, 9 secondes, la civilisation du poisson rouge, Dupuis, 2026
Adaptation BD de La civilisation du poisson rouge, le best-seller de Bruno Patino, président d’Arte.
Collectif Écran total, Manifeste contre la gestion et la numérisation de nos vies, Babelio, 2025
Jean-Marie Schaeffer, Mythologies Web. Moteurs de recherche, réseaux sociaux et intelligence artificielle, Gallimard, 2025
Eric Sadin, L’Humanité augmentée. L’administration numérique du monde, Éditions L’Echappée, 2013
Cédric Biagini, L’Emprise numérique. Comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies, Éditions L’Echappée, 2012
Offensive, Divertir pour dominer : la culture de masse contre les peuples, Éditions L’échappée, 2010
Cédric Biagini et Guillaume Carnino, Célia Izoard, Pièces et main d’œuvre, La Tyrannie technologique, Critique de la société numérique, Éditions L’Échappée, 2007
L’Association pour L’Education à la Réduction du Temps d’Ecran, Paris, 2014 : https://www.alertecran.org/




























