Lorient en fête
Claude Chrestien et Pierre Mayol au Patronage laïque, le 18 avril 2026, ont célébré les 100 ans de l’institution et les 360 ans de la ville de Lorient
Nommé en 1893 au lycée de Lorient, le philosophe Alain écrivait dans Histoire de mes pensées (1936) :
« Je mis le pied dans une ville très gaie et très remuante. […] Et ce fut une espèce de fête nocturne pendant six ans qui me guérit de mes humeurs. Alors je connus un peu le monde des coloniaux et des navigateurs. »
Pierre Mayol et Claude Chrestien, passionnés d’histoire locale et complices de longue date, croient également que le goût profond des Lorientais pour les festivités est intimement lié à la présence de la Marine nationale et de l’Armée de terre, répartie entre les casernes Frébault et Bisson, à l’existence de l’Arsenal, à la présence des pêcheurs de chalutiers et des marchandes de sardines, « À la belle à la fraîche ! », bref, à la vocation maritime de la ville.
« Dame oui dame ! » La ville cosmopolite, au nom évocateur, vit au rythme des sonneries, des baguettes des élèves‑tambours, des fanfares et des concerts sur les kiosques et en plein air. Elle adore voir défiler en musique matelots au col bleu ou gradés aux galons rouges, blancs ou jaunes. Toute cette jeunesse anime rues, places, cafés, monte et descend le cours de la Bôve et la rue des Fontaines, aime à rire, chanter et danser dans les grands bals de sociétés ou les bals populaires, dans les salons Nédélec, Le Mic, Le Bair et à l’hôtel Terminus. Une ville « méridionale sans le soleil », dit Le Nouvelliste du Morbihan de 1933.

Ohioou ! Une vie culturelle dense : un théâtre à l’italienne (1778) appelé « la comédie », accueille depuis 1898 les Tournées Baret, annonce la venue de Sarah Bernhardt dans La Dame aux camélias et les chansonniers de la troupe du Chat noir ; le casino‑music‑hall chez Gauthier et le Family‑Cinéma de Keryado programment pièces de théâtre et revues. De nombreux cinémas divertissent la population : le Select Palace place Bisson, le Royal‑cinéma rue de Saint‑Pierre, l’Omnia‑Pathé cours de Chazelles, l’Armor‑Palace rue de Larmor, le Family rue Plonquet, le Rex (1937) rue de la comédie…
« Pour sûr ! » On entend en tout lieu des chansons à foison : La chanson des gars de l’Arsenal d’Eugène Polert, Ma Lorientaise, la chanson humoristique du Siège de Lorient pour la fête religieuse de Notre‑Dame de la Victoire, les chansons à la mode lancées place des bonimenteurs. Et des concerts donnés par douze sociétés musicales en 1936, sans oublier les rassemblements de cercles celtiques.
Envie de « partir en riboul » ? Lorient offre l’embarras du choix : les Foires‑expositions à la salle des fêtes ou place Jules‑Ferry, les fêtes foraines au cours des quais, les cirques, les meetings aériens au Champ de manœuvres du Faouedic ou de la Marine, les noces et les banquets où l’on s’invite volontiers, les rassemblements sportifs pour les amateurs de gymnastique, de boxe, de courses cyclistes, de trottinettes ou de karting au milieu des lâchers de pigeons, les courses de garçons de café, les cavalcades et le cortège du Carnaval à travers les rues pavoisées, le défilé du char de la reine et des demoiselles d’honneur, avec feu d’artifice et retraite aux flambeaux, le monôme des lycéens à la mi‑Carême, le concours de bateaux fleuris sur le bassin à flots, les fêtes de quartiers, les foires et marchés de Noël, les biennales internationales des pêches et salons spécialisés comme les Floralies de Bretagne au Palladium…
La promenade s’achève sur un hommage à deux autres conteurs disparus, Lucien Le Pallec et Georges Le Moil, « autres semeurs de bonne humeur »…
« C’est la chanson des gars d’Lorient sur l’quai d’Rohan
Celle qui nous fait chanter danser rue d’l’Assemblée
Viens faire un tour sur mon canot d’la rue Carnot
Je t’emmène faire une bonne balade le long d’la Rade » (bis)


Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !